Les soignants acteurs de leur organisation de travail ?

La crise sanitaire a mis en exergue le mal être des soignants à l’hôpital public. La première réponse du gouvernement à la demande de reconnaissance a été une revalorisation des salaires et l’octroi de différentes primes. Si cette revalorisation était plus que nécessaire, nous pensons qu’il est urgent de redonner du sens au travail des soignants.
Depuis 20 ans, le dictat de la rentabilité a transformé un soignant en variable d’ajustement au service de l’équilibre financier de nos établissements. Comme toute activité de service, l’humain est au cœur de l’activité de soin et de fait la « ressource humaine » représente la plus grosse part du budget de fonctionnement des hôpitaux. L’injonction de faire toujours plus et toujours mieux avec moins de personnels au lit du patient a été le leitmotiv de ces dernières années. Cette injonction corrélée à des règles de temps de travail contraignantes a généré des organisations de travail pourvoyeuses d’insatisfaction des personnels soignants.
A la mise en place des 35H, l’injonction de nos dirigeants, les «sachants», a été exclusivement centrée sur l’octroi de 15 RTT et d’imposer les 37H30 par semaine. Au final si le fait d’obtenir plus de jours de congés semblait une amélioration de l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle, l’effet escompté n’est pas au rendez-vous puisque des jours de RTT sont épargnés sur des comptes épargne temps.
Pour essayer de retrouver cet équilibre les professionnels demandent à travailler en horaire de 12H. Malgré l’opposition des organisations syndicales, les directions accordent leurs mises en place. Nous connaissons l’effet délétère du travail en 12H sur la santé des professionnels : aggravation des risques de développer un cancer, baisse de la vigilance au bout de 9H de travail dommageable pour la qualité du soin. Le travail en 12H a en plus pour conséquence : la création d’unités réservées aux jeunes professionnels plus à même de tolérer des journées ou des nuits de 12H. Des secteurs qui nécessitent une grande expertise vont perdre des professionnels du fait de la pénibilité des rythmes de travail. Cela peut générer une discrimination liée à l’âge.
Il est nécessaire de redonner aux équipes et aux cadres de santé la possibilité de réfléchir à une autre organisation de leur travail. Réfléchir ensemble à la semaine de 4 jours à l’hôpital.
Donner de la latitude dans les cycles de travail aura pour conséquence une amélioration de la qualité de vie au travail.
Redonner aux paramédicaux la possibilité de se réapproprier leur organisation de travail, rendre possible des expérimentations, ouvrir le champ des possibles afin de rendre l’hôpital et les métiers du soin attractifs.